Déambulation papale au cœur de Paris — méditer

Déambulation papale au cœur de Parisvendredi 25 septembre · 16 h 00

Méditer

Trois méditations pour accompagner le passage du Saint-Père dans les rues de Paris.

Méditation 1

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (19, 1-8)

« Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : “Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison.” Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : “Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur.” Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : “Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.” »

En cet après-midi béni, voilà que les rues de la capitale semblent transfigurées, soudainement en attendant le Pape Léon, nous sommes un peu comme dans l’histoire de Zachée. Une foule nombreuse est rassemblée pour accueillir le vicaire du Christ. Il n’y a pas de sycomore sur lequel monter, mais peut-être que certains parmi nous lorgnent sur les abribus ou les lampadaires, inquiets de ne pas voir ou de ne pas être vu. Et si comme le Christ, le pape en passant, s’arrêtait, me regardait, me souriait ; s’il me disait « aujourd’hui il faut j’aille demeurer dans ta maison », qu’est-ce que je répondrais ? Serais-je prêt à le recevoir ?

Aujourd’hui ce n’est « que » le vicaire du Christ, qui va passer devant moi. Il ne va probablement pas s’arrêter, mais il est là pour nous dire que le Christ, Lui, veut demeurer chez chacun de nous ; qu’il veut demeurer chez moi ! Qu’il vient nous donner la vie, qu’il veut me donner la vie ! Qu’est-ce qui dans ma vie, fait obstacle à la vie ? Comme Zachée, qu’est-ce qu’il y aurait à changer pour que cette rencontre n’ait pas été seulement celle d’un instant ?

Lundi, cette rue aura repris son apparence normale. Comme les rues de Jéricho après le passage de Jésus. Les habitudes, le traintrain quotidien sera vite revenu. Les citadins courront d’un rendez-vous à l’autre, d’une occupation à l’autre. Et pourtant sur ce sycomore, sur ce trottoir, à cette barrière peut-être que le Christ aura frappé à ma porte. Peut-être que je lui aurais ouvert, et si le pape s’en sera allé, le Christ pourra continuer à demeurer chez moi, par la prière, par l’amour de mes frères et sœurs chrétiens, par son Corps qui s’invite chez nous à chaque messe.

Seigneur, je te rends grâce pour ce peuple chrétien qui t’attend, qui te désire, qui te cherche. Je te prie particulièrement pour tous les « collecteurs d’impôts » d’aujourd’hui, ceux qui se sentent indignes de te recevoir chez eux. Je te prie pour tous ceux avec qui je suis en conflit, à qui j’ai fait du tort ou qui m’ont fait du tort, donne-moi, appuyé sur Toi, de trouver comment réparer, ajuster, recréer une relation pour que le monde ait la vie et qu’il l’ait en abondance. Amen.

Méditation 2

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (3, 1-16)

« Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : “Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui.” Jésus lui répondit : “Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu.” »

« Nicodème lui répliqua : “Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ?” Jésus répondit : “Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit.” »

« Nicodème reprit : “Comment cela peut-il se faire ?” Jésus lui répondit : “Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.” »

Avec le Pape, comme Nicodème, nous cherchons à nous rapprocher du Seigneur et à écouter sa parole. Ensemble, nous cherchons la vie, quelles que soient nos histoires. Jésus prend le chemin des foules qui attendent que Dieu les sauve. Laissons-le nous rejoindre.

La pureté et la transparence de la vie du Christ met à nu les mécanismes de mort qui font le prestige de ses ennemis, qui se déclinent dans les systèmes qu’ils défendent, à coup de prescriptions, d’observances et de lois. Voilà pourquoi ils ont désiré éteindre son rayonnement. Ils l’ont fait d’une manière qui leur ressemble, humiliante et scandaleuse. Au terme d’un procès qui lui a valu le supplice de la croix, Jésus meurt dans la fidélité à la vie créée que son procès n’a pas défendue.

En nous donnant son Fils, Dieu ne condamne personne : il l’envoie restaurer la vie qu’il a donnée à chacun sans concession.

En regardant le Christ en croix, notre cœur est touché par la compassion de Dieu avec tous ceux qui souffrent, confrontés aux obscurités d’un monde qui passe en étant marqué par le mal. Pleurant la douleur de notre complicité avec ce mal si tentant, nous sentons pourtant que Dieu nous appelle à un nouveau rayonnement de la vie pure et transparente qui est dans son Fils. C’est pourquoi en regardant Jésus, chacun finit par percevoir au plus intime combien il est précieux pour Dieu. Chacun se sent la force de relever la tête pour prendre part au Royaume de fraternité, de justice et de paix que Jésus inaugure dès à présent parmi nous.

Dieu nous fait l’honneur de nous envoyer comme témoins à la suite de son Fils, « pour que le monde ait la vie » : demandons-lui la grâce de vivre en amitié avec lui, d’une vie qui se conforme à la sienne en rendant les autres libres.

Méditation 3

Du livre de la Genèse (2, 7)

« Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. »

Comme ce qui nous entoure, le corps est poussière et retourne à la poussière. Toutefois dès le tout premier instant de la création, Dieu inscrit dans la vulnérabilité de l’homme cette parole : « tu vivras de ma vie » étant donné que le souffle qui anime l’homme est le souffle de vie de Dieu lui-même. Dès ce tout premier instant de création, nous voyons déjà poindre en germe la finalité de tout être humain, une vocation universelle à vivre avec Dieu, par Dieu et en Dieu dans cette vie et celle d’après. Dans notre vie comme dans notre mort, nous sommes suspendus à la miséricorde du Père qui a l’initiative de notre devenir. Qu’il s’agisse de la poussière de l’Eden ou de celle de nos tombeaux, un seul et même commandement pour l’homme : « Je te l’ordonne, dis le Seigneur, éveille-toi Ô toi qui dors » (Éphésiens 5). Il y a tant d’êtres vivants sur la terre et pourtant qu’une seule manière d’être vraiment vivant : mourir à son orgueil et à ses attaches qui blessent l’âme au-dedans de soi, briser les verrous de nos peurs par la confiance en Dieu pour être ainsi libre d’aimer et de se donner sans compter.

La présence du pape Léon XIV à Paris est un encouragement à vivre à la suite du Christ. Ce dernier nous a ouvert un chemin de vie nouvelle, lui le ressuscité, le premier né d’entre les morts par la puissance de l’Esprit. Il illumine de paix et de joie ceux qui espèrent relever la tête de la poussière où ils sont, pour connaître eux aussi et tous les leurs, la vie bienheureuse.

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