Mot de bienvenue
Recevoir et vivre la paix qui vient du Christ

Chers pèlerins,
Dans la constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium, le concile Vatican II affirme que l’Eucharistie est « source et sommet de toute vie chrétienne » (LG n° 11). Qu’est-ce que la vie chrétienne ?
La vie chrétienne, c’est l’amour fraternel. C’est aimer comme le Christ : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Le Christ nous invite à aller jusqu’au bout de cet amour : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis (…) » (Mt 5, 43-44). Ainsi s’accueille la paix. Une paix désarmée et désarmante qui est celle du Christ ressuscité, vainqueur de la mort, de toute haine et violence.
L’eucharistie que le Saint-Père va présider s’inscrit dans une journée centrée sur la paix.
C’est sur une terre, la Moselle, où ceux qui se sont battus durant trois guerres, dont deux conflits mondiaux, sont devenus des amis, que cette Eucharistie pour la paix dans le monde est célébrée, en la cathédrale Saint-Étienne de Metz. « Aimez vos ennemis » s’est réalisé et se vit ici.
Dans le sacrement de l’Eucharistie, le Christ se donne, jusqu’à la fin des temps, de manière unique, nous montrant ainsi le chemin qui conduit à la paix : la réconciliation.
Que cette messe soit pour chacun un moment de ressourcement où il puise, une fois encore dans l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, la force de vivre comme disciple du Christ.
✠ Mgr Philippe Ballot
Archevêque-évêque de Metz
Quelques repères
Le diocèse de Metz est heureux de vous accueillir et de partager avec vous cette journée historique de la venue du successeur de Pierre en notre cité.
Vous trouverez dans ces pages quelques textes introductifs qui vous donneront des repères sur le diocèse, sur le pape Léon XIV et sa pensée, notamment sur la paix et sur l’Europe, thèmes au programme de cette journée.
Robert Schuman est aussi une figure marquante pour la Moselle, pour la France et l’Europe et, bien sûr, pour toute l’Église, puisque le pape François l’a reconnu vénérable en 2021. Quelques éléments biographiques ainsi que les grandes lignes de sa pensée politique et spirituelle vous sont proposés.
Metz est aussi une Église où se vit encore le Concordat marqué par différentes spécificités juridiques, tout en étant aussi le berceau du chant grégorien, qu’on appelait à l’origine le chant messin, dû à l’œuvre de saint Chrodegang, évêque du diocèse au viiie siècle.
Le diocèse de Metz Diocèse de Metz : une Église aux frontières, forte de son histoire et tournée vers l’avenir
Le diocèse couvre l’ensemble de la Moselle, un département de plus d’un million d’habitants, situé au cœur de l’Europe. Des vallées industrielles du nord aux campagnes du Saulnois, des quartiers de Metz aux villages du Pays de Bitche, il rassemble 649 paroisses aujourd’hui regroupées en 132 communautés de paroisses et 34 archiprêtrés. Une organisation qui traduit l’évolution de l’Église tout en maintenant une présence de proximité sur l’ensemble du territoire.
Cette proximité repose avant tout sur les femmes et les hommes qui font vivre les communautés. Si les prêtres demeurent les premiers visages de l’Église, ils ne sont plus les seuls. En Moselle, 242 prêtres (en activité et retraités), 52 diacres permanents et 141 animateurs laïcs en pastorale exercent leur mission en coresponsabilité, entourés de milliers de bénévoles, notamment au sein des conseils de fabrique, qui assurent une mission essentielle pour la vie matérielle des paroisses. Catéchistes, visiteurs de personnes malades, responsables de chorales, organistes, servants d’autel et accompagnateurs de jeunes, intervenants en enseignement religieux, équipes de solidarité ou d’accueil : cette mobilisation quotidienne constitue l’une des principales richesses du diocèse.
Cette manière de vivre l’Église traduit une conviction forte : la mission est l’affaire de tous les baptisés. C’est le sens du projet diocésain qui invite chacun à devenir un « disciple-missionnaire ». Prier, se former, vivre la fraternité, servir et annoncer l’Évangile constituent les cinq orientations qui structurent aujourd’hui la vie pastorale du diocèse. Derrière ces mots se dessine une ambition simple : faire de chaque communauté un lieu accueillant, ouvert sur son environnement et capable de rejoindre celles et ceux qui cherchent un sens à leur existence.
Cette dynamique se vérifie notamment auprès des jeunes générations. Chaque année, des adolescents et de plus en plus de jeunes adultes demandent le baptême ou la confirmation. Le phénomène, observé partout en France, témoigne d’une quête spirituelle nouvelle. Pour les équipes diocésaines, il invite à renouveler les propositions de formation, d’accompagnement et de rencontre afin de répondre aux attentes d’une société en pleine mutation.
Mais la mission de l’Église ne se limite pas aux célébrations. Dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les établissements pénitentiaires, les établissements scolaires ou auprès des personnes en situation de précarité, des centaines de femmes et d’hommes assurent une présence essentielle. L’accompagnement des familles, le soutien aux personnes isolées, l’écoute, le dialogue et la solidarité font parties intégrantes de la vie du diocèse, notamment par les mouvements de solidarité et le Service diocésain de la Charité.
La géographie de la Moselle façonne également son identité. Aux frontières du Luxembourg, de l’Allemagne et de la Belgique, le diocèse vit quotidiennement dans un espace où les échanges dépassent largement les frontières administratives. Cette situation lui confère une vocation particulière : promouvoir le dialogue entre les peuples, favoriser les rencontres transfrontalières et faire de la réconciliation un véritable héritage spirituel, dans les pas du vénérable Robert Schuman. Marquée par les conflits qui ont traversé l’histoire européenne, l’Église de Metz considère aujourd’hui la paix comme l’un des fondements de sa mission.
Cette histoire explique aussi une autre singularité. Avec le diocèse de Strasbourg, Metz demeure l’un des deux diocèses français soumis au régime concordataire. Héritée du Concordat de 1801, enrichie de certaines lois allemandes après 1870, puis maintenue lors du retour de l’Alsace-Moselle à la France en 1918, cette organisation particulière continue d’encadrer certains aspects de la vie religieuse, des relations avec l’État ou encore de l’enseignement religieux. Une spécificité souvent méconnue qui participe pourtant à l’identité institutionnelle du diocèse et du département.
L’avenir n’efface pas les défis. La diminution du nombre de prêtres, l’évolution des pratiques religieuses, les attentes de transparence ou encore la nécessité de rejoindre des publics éloignés de l’Église imposent de nouvelles manières d’agir. Le diocèse poursuit ainsi un important travail de transformation pastorale, fondé sur la formation, la responsabilité partagée et une présence renouvelée dans la société.
Derrière les pierres séculaires de la « Lanterne du Bon Dieu », les centaines d’églises qui jalonnent la Moselle et le patrimoine exceptionnel légué par les générations précédentes, le diocèse de Metz continue ainsi d’écrire une histoire vivante. Une histoire faite de rencontres, d’engagements souvent discrets, de fraternité et d’espérance. l
Metz : un diocèse concordataire
Dans les diocèses de Metz et Strasbourg, le régime concordataire confère à l’organisation du culte catholique un statut singulier en France. Héritée du Concordat de 1801 et maintenue après le retour de l’Alsace-Moselle à la France en 1918, cette exception juridique façonne encore aujourd’hui la vie religieuse, administrative et scolaire de près de trois millions d’habitants. Elle repose sur une articulation étroite entre l’Église et l’État, qui contraste avec le principe de séparation en vigueur dans le reste du pays.

Des nominations partagées
Au sommet de ce dispositif, la nomination des évêques illustre la particularité du système. À Metz comme à Strasbourg, l’évêque est proposé par le Saint-Siège mais ne peut entrer en fonction qu’après accord du président de la République qui signe le décret de nomination. Une procédure unique en Europe, où l’autorité politique conserve un rôle institutionnel dans la désignation des responsables religieux. Les vicaires généraux, collaborateurs directs de l’évêque, sont nommés par décret du Premier ministre, mais leur statut est également reconnu par l’administration. Quant aux curés, leur nomination par l’évêque doit être notifiée à l’État, qui les rémunère et les inscrit dans le cadre de la fonction publique.
Dans les diocèses concordataires, les ministres du culte sont pris en charge par l’État : leur traitement, leur retraite et leur protection sociale relèvent du droit public. Une singularité qui distingue radicalement l’Alsace-Moselle du reste du territoire, où les cultes vivent exclusivement de dons et de ressources propres. Ici, le prêtre est un agent rémunéré par la République, même s’il demeure soumis à l’autorité canonique de son évêque.
Cette relation étroite entre Église et État se retrouve aussi dans le domaine scolaire. L’enseignement religieux fait partie intégrante de l’emploi du temps des écoles publiques comme privées. Les élèves peuvent choisir un cours catholique, protestant, israélite ou une option morale non confessionnelle. Les enseignants sont agréés par les autorités religieuses mais rémunérés par l’État, ce qui inscrit la dimension confessionnelle dans le cadre éducatif public, sans remettre en cause la liberté de conscience.
Des fabriques paroissiales
Au niveau local, la gestion matérielle du culte repose sur les fabriques paroissiales, véritables chevilles ouvrières du système concordataire. Ces établissements publics du culte, présidés par le curé et composés de membres élus parmi les paroissiens, administrent les biens, les budgets et les travaux des églises. Le maire est membre de droit de la fabrique de l’église. Les fabriques votent les dépenses, supervisent les chantiers, gèrent les quêtes et les dons, et rendent des comptes à la préfecture. Leur rôle est essentiel : sans elles, aucune paroisse ne pourrait assurer l’entretien de ses bâtiments ni la continuité de ses activités. Les fabriques incarnent la dimension locale du Concordat, où la communauté, l’Église et l’État coopèrent pour maintenir un patrimoine religieux vivant et accessible.
Ainsi, dans ces diocèses, le Concordat n’est pas un vestige historique mais un cadre juridique toujours actif, qui organise la vie religieuse de manière publique, structurée et profondément ancrée dans le territoire. Une exception française qui continue de façonner le quotidien des paroisses et des habitants.
Le pape Léon XIV
Élu au printemps 2025, Léon XIV avance avec une silhouette de pasteur autant que de gouvernant. Premier pape originaire des États-Unis, Robert Francis Prevost n’est pourtant pas l’homme d’un seul pays ni d’un seul milieu. Son parcours l’a conduit des terres nord-américaines aux périphéries latino-américaines, des responsabilités religieuses de son ordre aux rouages les plus sensibles de la curie romaine. À 70 ans, celui qui a choisi le nom de Léon XIV donne à voir un pontificat qui entend conjuguer enracinement spirituel, attention sociale et culture de l’unité.
Dès son élection, le choix de son nom a donné une première clé de lecture. En se référant à Léon XIII, le grand artisan de Rerum novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l’Église, le nouveau pape a signalé une priorité : replacer l’annonce chrétienne au cœur des fractures contemporaines. Non pas comme une parole désincarnée, mais comme une présence dans les réalités concrètes : travail, pauvreté, dignité humaine, bouleversements technologiques, migrations, fragilités démocratiques. Chez Léon XIV, la foi ne semble pas pensée comme un refuge hors du monde, mais comme une manière d’y habiter avec responsabilité.
Un pape américano-péruvien
Cet accent social ne relève pas d’un simple affichage. Né en 1955, Robert Francis Prevost s’est forgé loin des seules sphères institutionnelles. Religieux augustinien, il a longtemps vécu au contact du terrain, notamment au Pérou, où il a exercé une part importante de son ministère. Cette expérience missionnaire a marqué son style : un rapport direct aux personnes, une sensibilité aux situations concrètes, une attention aux marges. Elle explique aussi la tonalité pastorale qui se dégage de ses premières prises de parole, où la proximité l’emporte sur l’effet de formule.
Mais Léon XIV n’est pas seulement un homme de terrain. Il est aussi un homme de gouvernement. Pendant treize ans, il a dirigé l’ordre de Saint-Augustin à l’échelle mondiale, une responsabilité qui l’a familiarisé avec la diversité des cultures, des sensibilités ecclésiales et des équilibres internes à une institution globale. Cette capacité à tenir ensemble des réalités différentes l’a ensuite conduit à Rome, où il a été nommé préfet du Dicastère pour les évêques, poste hautement stratégique au Vatican. À cette place, il a observé de près l’état de l’Église universelle et a participé à l’un de ses mécanismes les plus décisifs : le choix des évêques.
Ce double profil – missionnaire et institutionnel, périphérique et romain – pourrait bien constituer la signature de son pontificat. Là où d’autres incarnent d’abord une ligne doctrinale ou un style de communication, Léon XIV semble vouloir installer une méthode : écouter, discerner, relier. Sa devise, « In Illo uno unum » (« Dans Celui qui est Un, être unis »), résume cette ambition. Dans une Église traversée par des tensions théologiques, culturelles et politiques, le nouveau pape paraît miser moins sur la démonstration d’autorité que sur la recherche d’une cohésion patiemment reconstruite.

Son profil international renforce cette image. Polyglotte, il parle l’anglais, sa langue natale, l’espagnol, l’italien, le français et le portugais. Cette aisance linguistique n’est pas un détail biographique : elle accompagne une manière d’entrer en relation, sans intermédiaire, avec des communautés diverses. En un peu plus d’un an, Léon XIV a déjà multiplié les déplacements, de la Turquie au Liban, de Monaco à plusieurs pays d’Afrique, jusqu’à l’Espagne. Ces voyages dessinent une géographie claire : celle d’une Église qui ne se pense pas depuis son seul centre, mais à partir de ses visages multiples.
Reste à savoir comment ce pontificat inscrira sa marque dans la durée. Les premiers textes de Léon XIV, notamment son encyclique Magnifica humanitas sur la dignité de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, laissent entrevoir une volonté d’affronter les questions de civilisation sans renoncer au langage spirituel. C’est peut-être là que se joue l’originalité de ce pape : dans sa tentative de tenir ensemble la tradition sociale de l’Église, l’expérience missionnaire du terrain et les défis les plus contemporains. Ni figure de rupture spectaculaire, ni gardien immobile, Léon XIV apparaît pour l’heure comme un pape de passage entre des mondes que tout pousse à se fragmenter. Un homme d’unité, mais d’une unité concrète, éprouvée par le réel.
Promouvoir la vie, la paix et l’unité
En choisissant cette thématique de la vie pour son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV va sans doute pouvoir décliner les nombreux enjeux qui concernent la défense de la dignité de la personne humaine de sa conception jusqu’à sa mort naturelle, la vie fraternelle auprès des plus petits et les personnes malades, la vie spirituelle (avec les jeunes, les catéchumènes et le clergé) tout comme la vie réconciliée après des périodes de conflit (message pour la paix et l’unité en Europe, dans le sillage des Pères fondateurs de l’Europe).
Le pape Léon XIV : pour une paix désarmée et désarmante
« La paix soit avec vous ! » En choisissant ces premiers mots pour saluer le monde depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, le 8 mai 2025, le pape Léon XIV donnait immédiatement le ton de son pontificat. Bien plus qu’une formule liturgique, cette salutation est devenue le fil rouge de son magistère. Depuis son élection, le nouveau pape n’a cessé de revenir sur ce thème, faisant de la paix non seulement une urgence diplomatique, mais aussi une exigence spirituelle et une responsabilité personnelle.
Pour Léon XIV, la paix ne peut être réduite à l’absence de guerre ou à un simple cessez-le-feu. Elle est une manière de vivre, une disposition intérieure qui transforme les relations entre les personnes comme entre les peuples. À plusieurs reprises, il a repris l’expression d’une « paix désarmée et désarmante », capable de rompre le cycle de la violence non par la force, mais par le dialogue, la justice et la réconciliation. Cette vision constitue le cœur de son premier message pour la Journée mondiale de la paix, publié pour le 1er janvier 2026.
Le pape développe une conviction simple : les guerres naissent d’abord dans le cœur humain. Les nationalismes exacerbés, la peur de l’autre, les intérêts particuliers et la recherche du pouvoir préparent les conflits avant même que les armes ne parlent. Dès lors, construire la paix suppose une véritable conversion personnelle. « Seuls des cœurs pacifiés peuvent bâtir une paix juste et durable », écrit-il, invitant chacun à cultiver l’écoute, le pardon et la confiance plutôt que la méfiance et la domination.
Cette approche n’éloigne pas Léon XIV des réalités internationales. Au contraire, depuis le début de son pontificat, il multiplie les appels en faveur des populations touchées par les guerres, qu’il s’agisse du Moyen-Orient, de l’Ukraine ou d’autres régions déchirées par les conflits. Sans désigner systématiquement des responsables, il demande inlassablement un cessez-le-feu, l’ouverture de véritables négociations et le respect de la dignité de chaque personne. Les victimes civiles, les enfants, les personnes déplacées et les plus vulnérables occupent une place centrale dans ses interventions.
Le pape insiste également sur le rôle irremplaçable de la prière. Celle-ci n’est jamais, selon lui, une fuite devant les responsabilités, mais une force capable de désarmer les cœurs et d’ouvrir des chemins nouveaux. Cette paix intérieure doit ensuite se traduire par des gestes concrets : développer une culture de la rencontre, favoriser la médiation, soutenir la diplomatie et refuser les discours qui alimentent la haine. Les responsables politiques sont ainsi appelés à privilégier le dialogue plutôt que la logique des rapports de force.
Léon XIV adresse enfin un message particulier aux professionnels de l’information. Dans un monde marqué par la polarisation et les affrontements verbaux, il les invite à renoncer à la « guerre des mots et des images » pour promouvoir une communication capable de rapprocher les personnes, de faire émerger la vérité et de nourrir la confiance. Pour lui, la paix commence aussi dans notre manière de parler des autres.
En quelques mois seulement, le mot « paix » est devenu l’un des plus récurrents du pontificat de Léon XIV. Mais derrière cette insistance se dessine une vision cohérente : la paix ne sera jamais seulement le résultat d’accords diplomatiques. Elle est une œuvre quotidienne qui engage les consciences, les institutions et les peuples. Parce qu’elle naît d’abord dans le cœur de chacun, elle peut ensuite transformer le monde.
Nul doute que le pape aura encore de nouvelles paroles fortes sur la paix, tant dans son adresse aux peuples d’Europe lors de son discours de ce lundi 28 septembre 2026 à Metz, que dans l’homélie de la messe célébrée en la cathédrale Saint-Étienne ce même jour.
De Jean XXIII à Léon XIV
L L es papes et l’Europe, une mémoire pour construire l’avenir
Pour les papes, l’Europe n’a jamais été seulement un continent. Elle est une histoire, une culture et, surtout, une responsabilité. Des lendemains de la Seconde Guerre mondiale aux crises géopolitiques actuelles, les souverains pontifes n’ont cessé d’inviter les Européens à redécouvrir ce qui les unit. Au fil des décennies, un même fil rouge apparaît : la paix ne peut durer sans mémoire, et l’avenir du continent ne peut se construire en oubliant les racines spirituelles qui l’ont façonné.
Lorsque Jean XXIII publie Pacem in terris en 1963, l’Europe est encore coupée en deux par le rideau de fer. Le pape ne parle pas seulement aux catholiques : il s’adresse « à tous les hommes de bonne volonté ». Son encyclique affirme que la paix repose sur quatre piliers indissociables : la vérité, la justice, la charité et la liberté. Dans un continent marqué par les blessures des guerres mondiales, il invite les nations à substituer le dialogue à la logique des blocs et de la confrontation.
Paul VI accompagne les premiers pas de la construction européenne. Convaincu que la réconciliation franco-allemande constitue l’une des grandes espérances du xxe siècle, il encourage les institutions européennes naissantes à devenir bien davantage qu’un marché commun : une communauté de peuples capable de promouvoir la dignité humaine et la solidarité.
Avec Jean-Paul II, la réflexion prend une dimension historique et culturelle. Né en Pologne, derrière le rideau de fer, le pape refuse l’idée d’une Europe divisée entre l’Est et l’Ouest. Il parle d’un continent appelé à « respirer avec ses deux poumons ». Pour lui, l’unité européenne ne pourra être pleinement réalisée qu’en retrouvant son âme. Les racines chrétiennes ne sont pas un privilège accordé à une religion, mais la reconnaissance d’un héritage qui a profondément marqué la conception de la personne humaine, des libertés, du droit, de l’université, de la solidarité et de la recherche du bien commun. Cette conviction le conduit à promouvoir les saints Cyrille et Méthode comme co-patrons de l’Europe, aux côtés de saint Benoît, soulignant ainsi la complémentarité des traditions occidentales et orientales.
Benoît XVI poursuit cette réflexion avec une insistance particulière sur la culture. Face à une Europe qu’il juge parfois tentée par le relativisme ou l’effacement de sa mémoire, il rappelle que l’identité d’un peuple ne se construit pas contre les autres, mais à partir de ce qu’il reçoit de son histoire. À plusieurs reprises, il plaide pour que le christianisme soit reconnu comme l’une des sources majeures de la civilisation européenne, non pour imposer une croyance, mais pour mieux comprendre les fondements de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté religieuse.
Le pape François déplace le regard vers les périphéries. Son Europe est celle qui accueille, protège et intègre. En recevant le prix Charlemagne en 2016, il appelle le continent à retrouver « l’esprit des Pères fondateurs » en refusant les replis identitaires et en faisant de la solidarité un principe politique. Pour lui, les racines chrétiennes ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles portent du fruit : l’attention aux plus fragiles, le dialogue entre les peuples et la construction de la paix.
Depuis le début de son pontificat, Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. Dans une Europe confrontée au retour de la guerre sur son sol et aux tensions internationales, il rappelle que la paix est d’abord une œuvre de réconciliation. Située entre mémoire et espérance, l’Europe est appelée, selon lui, à demeurer un espace où le dialogue l’emporte sur la violence et où la dignité de chaque personne reste la mesure de toute décision politique.
De Jean XXIII à Léon XIV, les accents diffèrent, les contextes évoluent, mais une même conviction traverse les pontificats : l’Europe ne pourra relever les défis de demain qu’en demeurant fidèle à ce qui a façonné son histoire. Ses racines chrétiennes ne constituent pas un héritage figé ou nostalgique ; elles représentent une source d’inspiration pour promouvoir la paix, la justice, la dignité humaine et la fraternité entre les peuples. Dans un monde marqué par les fractures, les papes continuent ainsi de rappeler que l’Europe n’est pleinement elle-même que lorsqu’elle met la personne humaine au cœur de son projet.
Robert Schuman, l’un des Pères fondateurs d’une Europe réconciliée
Lorsque Robert Schuman prend la parole au Quai d’Orsay, le 9 mai 1950, l’Europe porte encore les stigmates de deux guerres mondiales. Les villes se reconstruisent, mais les peuples restent marqués par la haine, les deuils et les humiliations. Beaucoup pensent qu’une nouvelle guerre est inévitable. Lui ose croire le contraire.
Son intuition est simple et pourtant révolutionnaire : la paix ne peut plus reposer sur l’équilibre des forces. Elle doit être organisée. Elle doit devenir une œuvre politique.
« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent », déclare-t-il en ouverture de ce qui deviendra la Déclaration Schuman. Cette phrase est souvent citée. Elle résume pourtant bien davantage qu’un projet diplomatique : elle exprime une véritable philosophie de l’histoire.
Pour comprendre cette vision, il faut revenir à l’homme. Né en 1886 à Luxembourg, Robert Schuman appartient à cette génération de Mosellans qui ont connu les changements de nationalité sans jamais quitter leur maison. Français par choix, Européen par expérience, il a vu les frontières devenir des murs, puis des champs de bataille. Cette biographie explique largement son refus des nationalismes et sa conviction que la réconciliation est toujours possible.
Mais l’expérience personnelle n’explique pas tout. Chez Schuman, la politique est nourrie par une profonde vie intérieure. Catholique discret, lecteur assidu de saint Thomas d’Aquin et attentif à la doctrine sociale de l’Église, il considère l’action publique comme une forme de service. Dans Pour l’Europe, publié quelques mois avant sa mort, il écrit que « la démocratie doit son existence au christianisme ». Cette affirmation ne relève pas d’un plaidoyer religieux. Elle rappelle que la liberté de la personne, l’égalité de tous devant la loi, la dignité humaine et le sens du bien commun trouvent en Europe une part essentielle de leurs racines dans l’héritage chrétien.
C’est pourquoi Schuman ne réduit jamais la construction européenne à une entreprise économique. La Communauté européenne du charbon et de l’acier n’est, à ses yeux, qu’un commencement. « L’Europe ne se fera pas d’un coup, écrit-il, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. » Derrière cette formule célèbre se cache une intuition profondément humaine : on ne construit pas la paix par des discours, mais en apprenant à travailler ensemble, à partager des responsabilités et à créer une confiance réciproque.
Dans Pour l’Europe, Schuman va plus loin encore. Il affirme que « servir l’humanité est un devoir égal à celui que nous dicte notre fidélité à la nation ». Cette phrase éclaire toute sa pensée. Le patriotisme est légitime ; le nationalisme qui absolutise la nation devient une impasse. Les peuples ne sont pas appelés à disparaître dans une entité uniforme, mais à mettre en commun ce qu’ils ont de meilleur. Pour Schuman, l’Europe ne doit jamais effacer les identités nationales ; elle doit les réconcilier.

Cette vision rejoint, avec plusieurs décennies d’avance, les grands textes des papes contemporains. Comme Jean XXIII dans Pacem in terris, Schuman voit la paix comme le fruit de la justice. Comme Jean-Paul II, il croit que l’Europe ne peut vivre en oubliant son âme. Comme Benoît XVI, il rappelle que la démocratie ne peut survivre sans fondements éthiques. Comme François, il fait de la fraternité une catégorie politique. Et comme Léon XIV aujourd’hui, il invite à dépasser les logiques de puissance pour faire prévaloir le dialogue et la rencontre.
Le Parlement européen l’a reconnu comme l’un des « Pères de l’Europe ». L’Église catholique, de son côté, a ouvert sa cause en béatification ; le pape François l’a déclaré vénérable en 2021, reconnaissant l’héroïcité de ses vertus, notamment grâce à tout le travail du « demandeur » dans la cause de Robert Schuman, l’Institut Saint-Benoît, fondé en 1988 par un ancien proche collaborateur de Robert Schuman. Ce rapprochement entre la politique et la sainteté peut surprendre. Il dit pourtant quelque chose d’essentiel : chez Robert Schuman, l’engagement public n’était pas une quête de pouvoir, mais une manière de servir la paix.
À l’heure où la guerre est revenue sur le continent européen et où les fractures internationales s’accentuent, son message retrouve une étonnante actualité. La paix n’est jamais un héritage acquis ; elle est une construction exigeante. Elle suppose de croire que les anciens ennemis peuvent devenir des partenaires, que les intérêts peuvent céder la place au bien commun et que la fraternité peut inspirer la politique.
C’est sans doute là le plus grand héritage de Robert Schuman. Il n’a pas seulement imaginé des institutions. Il a proposé une vision de l’Europe fondée sur une conviction profondément chrétienne : les peuples ne sont jamais condamnés à la guerre lorsqu’ils choisissent de reconnaître, les uns dans les autres, des frères plutôt que des adversaires.
Pourquoi le pape Léon XIV a-t-il choisi de venir à Metz ?
Le pape Léon XIV a choisi Metz pour porter un message de paix au cœur de l’Europe. Terre marquée par les guerres mais aussi par la réconciliation franco-allemande, la Moselle est liée à la figure de Robert Schuman, l’un des fondateurs de l’Union européenne. En célébrant une messe pour la paix en la cathédrale Saint-Étienne, le Saint-Père veut rappeler que la réconciliation entre les peuples est possible et que l’Europe peut offrir au monde un témoignage de fraternité, particulièrement dans le contexte des conflits actuels.
Saint Chrodegang
L’évêque de Metz qui donna sa voix à l’Europe chrétienne
Bien avant que la cathédrale Saint-Étienne ne domine le paysage messin, un évêque allait faire de Metz l’un des plus grands foyers culturels de l’Occident chrétien. Nous sommes au viiie siècle. Son nom est Chrodegang. Conseiller des rois francs, réformateur de l’Église et homme de prière, il laisse un héritage qui dépasse largement les frontières de la Moselle : une manière nouvelle de chanter la liturgie qui donnera naissance à ce que l’on appellera plus tard le chant grégorien.
Né vers 712, probablement en Hesbaye, dans une famille de la noblesse franque, Chrodegang est nommé évêque de Metz en 742. Très proche des maires du palais carolingien, notamment de Pépin le Bref, il joue un rôle majeur dans la réforme de l’Église franque. Son ambition est de renforcer l’unité du royaume en harmonisant la vie des communautés chrétiennes, leur discipline et leur liturgie.
À Metz, il entreprend une profonde réforme de son clergé. Inspiré par les pratiques de Rome, il rédige une règle destinée aux chanoines de sa cathédrale, leur proposant une vie communautaire fondée sur la prière, le partage et le service. Cette Regula canonicorum influencera durablement l’organisation des chapitres cathédraux dans toute l’Europe médiévale.
Mais l’œuvre de Chrodegang ne s’arrête pas à la discipline ecclésiastique. Soucieux d’unifier la célébration de la liturgie, il introduit à Metz les usages liturgiques romains et favorise la formation de chantres capables de transmettre fidèlement ce répertoire. Dans les écoles de la cité épiscopale, les traditions musicales venues de Rome rencontrent les pratiques des Églises franques. De cette rencontre naît progressivement un répertoire original : le chant messin.
Longtemps transmis uniquement par la mémoire, ce chant accompagne la célébration de la messe et de l’office. Sa ligne mélodique, d’une grande sobriété, épouse le rythme des textes bibliques et invite à la méditation. Quelques générations plus tard, sous l’impulsion des souverains carolingiens, ce répertoire se diffuse dans tout l’Empire. C’est alors qu’il commence à être attribué, par tradition, au pape Grégoire le Grand. Le « chant messin » devient progressivement le « chant grégorien », appellation qui s’impose au Moyen Âge, même si les historiens reconnaissent aujourd’hui que sa mise en forme doit beaucoup au travail accompli à Metz au temps de Chrodegang.
Ainsi, l’évêque messin apparaît comme l’un des principaux artisans de la grande réforme liturgique carolingienne. Son intuition était simple : une même prière, chantée d’une même voix, pouvait contribuer à l’unité de l’Église. À travers la beauté du chant, il voyait un chemin vers Dieu autant qu’un facteur de communion entre les communautés chrétiennes.
Plus de douze siècles après sa mort en 766, saint Chrodegang demeure l’une des figures fondatrices de l’histoire de Metz. Réformateur, bâtisseur et homme de culture, il rappelle que la musique sacrée n’est pas un simple ornement de la liturgie. Elle est une manière de transmettre la foi, de porter la Parole et d’unir les croyants. Dès que résonnent les mélodies du chant grégorien, c’est un peu de l’héritage spirituel et culturel de Metz qui continue de vivre.
Voilà pourquoi le programme musical et vocal de cette journée donnera une part au chant grégorien, interprété par la Maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne de Metz qui, depuis une trentaine d’années, perpétue ce répertoire du chant messin.
Remerciements
Organiste titulaire
L’organiste titulaire est Thierry Ferré. Il fera résonner les différents orgues de la cathédrale : l’orgue Renaissance, suspendu en nid d’hirondelle dans la nef, l’orgue du transept de 1970 et l’orgue installé aujourd’hui derrière le maître-autel construit à l’origine par Cavaillé-Coll en 1862. Il a composé pour l’occasion une Méditation sur l’antienne Da pacem Domine.
Chorale
Le chœur liturgique est constitué de la Maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne de Metz, et d’une délégation de la Maîtrise Sainte-Philomène d’Haguenau et des Petits chanteurs Saint Jean-Paul II de Luxembourg. Ils sont placés sous la direction de Christophe Bergossi, maître de chapelle de la cathédrale.
Instrumentistes
• Trompettes : Mathieu Reinert / Claude Zimmer
• Trombones : Bastien Ponsart / Jean-Paul Membré
• Violons : Nicolas Alvarez / David Mancinelli
• Alto : Vincent Roth
• Violoncelle: Philippe Baudry
• Contrebasse : Benjamin Kraner
• Hautbois : Pauline Cambournac
• Basson : Pierre Gomes
• Piano : Juliette Boubel
• Harpe : Jehanne Bergossi
• Guitare : Jean-Guillaume Puech
• Percussion : Alban Dal
La Maîtrise de la cathédrale de Metz
trente ans au service de la musique sacrée
Depuis trente ans, la Maîtrise de la cathédrale de Metz fait rayonner un patrimoine musical d’exception tout en formant de jeunes chanteurs à l’exigence artistique et à la beauté de la liturgie. Fondée en 1996, elle s’inscrit dans la grande tradition des maîtrises cathédrales, où la musique est bien plus qu’un accompagnement des célébrations : elle est une manière de porter la prière et de transmettre un héritage culturel vivant.
Composée d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes, la Maîtrise assure l’animation des grandes célébrations de la cathédrale Saint-Étienne tout en développant une intense activité de concerts, en France comme à l’étranger. Son répertoire, qui s’étend du chant grégorien aux œuvres contemporaines, témoigne de la richesse de la musique sacrée occidentale. Elle est dirigée par Christophe Bergossi, assisté de Pierre Falkenrodt, son adjoint.